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Un Voyage Initiatique - Intro 1

Un Voyage Initiatique - Intro 1

Choc

Le vent glacial et sec de l’hiver souffle sur l’aéroport de Lyon en cette nuit du 11 janvier 2025. Il est 21 heures passées, et les vêtements que je porte sont bien trop légers pour affronter le froid mordant qui enveloppe tout.

Hier encore la chaleur humide du nord du Pérou me caressait le visage pendant que je lui faisais mes adieux. Ce soir mon monde est bouleversé et le choc n’est pas seulement thermique.

La vie nous offre parfois des expériences d’une intensité rare et si bouleversantes que les mots peinent à les retranscrire pleinement. A quarante-six ans, je viens de vivre la période la plus marquante de mon existence : trois semaines de retraite dans la forêt amazonienne au sud d’Iquitos. Guidé par une curandera exceptionnelle, je suis allé à la rencontre du chamanisme péruvien et ses plantes enseignantes.

Afin de donner vie à cette aventure non ordinaire il me semble judicieux d’en évoquer la genèse. Il est pour cela nécessaire de remonter le fil du temps jusqu’à une scène de vie quotidienne il y a plus de vingt ans : une halte dans un supermarché. Une étape en apparence banale qui s’avère décisive. Symbolique d’un pas sur le chemin de la transformation personnelle. Amorce d’une quête initiatique à travers une petite partie de ce monde.

Départ

An 2000. Suite à des événements personnels marquants en lien avec la schizophrénie et l’amitié, me voici à l’aube d’une phase de (re)construction identitaire. J’ai vingt-deux ans et afin de reconquérir une autonomie perdue, j’ai accepté un travail dans les Alpes pour la saison d’hiver.

Ma vieille Ford Fiesta est chargée des quelques affaires en ma possession : des vêtements chauds, une couette, des ustensiles de cuisine, une chaîne hi-fi, et ma collection de CD entre autres. Sur le tableau de bord est collé un post-it avec les principales villes étapes de l’itinéraire. J’ai prévu de m’arrêter au supermarché de Salins pour les provisions de première nécessité.

Le trajet depuis les environs toulousains s’annonce plutôt long - environ sept heures sans pause - et je me sens bien, légèrement excité par la perspective d’un nouvel environnement.

Une graine

Cela fait des heures que j’écoute en boucle ma cassette audio préférée quand enfin se dessinent devant moi les sommets déjà blanchis de la Tarentaise. Un silence reposant envahit l’habitacle lorsque je coupe le contact, garé sur le parking bondé du supermarché. J’ai dans les mains une liste concise de provisions pour ces premiers jours à la montagne. Je n’apprécie ni le monde ni l’ambiance “électrique” des magasins.

Caddie en main je me lance, le rayon des livres est tout de suite sur ma droite et j’y vais spontanément. J’aime la lecture et les découvertes. Mon inspection commence méthodiquement en partant de la lettre A et mon intérêt s’éveille à la vue des éditions 10/18. Mon regard descend d’un cran : B, C, Castaneda. Un titre mystérieux m’interpelle : L’herbe du diable et la petite fumée. La couverture me plaît, on y voit deux personnages autochtones portant des vêtements traditionnels, dont un couvre-chef en tête de cerf. Après une lecture rapide du résumé, je suis conquis : un anthropologue parti étudier le peyotl rencontre un vieil indien qui va l’initier à son savoir de sorcier.

Satisfait, je reprends les courses, encore ignorant de l’impact qu’aura cet ouvrage sur ma vie.

Naissance d’une quête

Après une installation sommaire dans mon logement de fonction, je ne peux m’empêcher - malgré la fatigue de la route - de commencer la lecture de mon nouveau livre. Immédiatement le récit me fascine et me bouleverse et tout ce que je lis résonne : les expériences extraordinaires de Castaneda, la sagesse de Don Juan le sorcier, sa patience, son respect et sa connexion intime aux esprits de la nature. Au fil des pages naît en moi une aspiration profonde : j’aimerai rencontrer un jour un personnage comme Don Juan, qui m’enseignerait une autre perception du monde.

La graine a ainsi trouvé son terreau, elle est maintenant plantée en moi.

Les années passant, je complète progressivement la collection Castaneda : Voir, Le second anneau de pouvoir, Le voyage à Ixtlan… Le charme de cette œuvre imprime sur ma vie une marque indélébile. C’est une incitation perpétuelle à ressentir la magie du quotidien, dans la nature et dans mon environnement. L’autre monde dont j’ai tant rêvé se matérialise sous mes yeux et prend vie à travers les récits fascinants de Castaneda, auxquels j’arrive m’identifier.

Cet article est sous licence CC BY 4.0 par l'auteur.