Un Voyage Initiatique - Intro 4
Chamanisme
2024. L’envie d’aller mieux germe à nouveau. Je désire m’ouvrir, partager et me reconnecter à l’essentiel. La bascule se fait dans l’été après avoir reçu un soin chamanique.
Je ressens comme une force invisible qui me pousse à la recherche d’un stage ou d’une retraite en lien avec le chamanisme pour les jours à venir. Je suis en congés pendant trois semaines et le besoin de me recentrer se fait de plus en plus présent. Je trouve une place pour un weekend d’introduction au chamanisme dans les Cévennes. Dans dix jours environ.
Les évènements s’enchaînent avec fluidité et me voici au stage. Dès les premières heures une énergie particulière se manifeste. Une énergie qui aiguise mes sens et affine mes perceptions. Autour de moi tout semble plus vibrant, plus “authentique”.
J’évoque la marque laissée par les lectures de Castaneda quand nous faisons le tour de présentation, et j’ai l’intime conviction d’être au bon endroit au bon moment.
Vision
Dimanche. Dernier jour du stage. Nous préparons une “cérémonie du cacao”.
Les yeux fermés, je porte consciemment une fève de cacao à la bouche. Une sensation très étrange emplit d’abord ma gorge, ma tête et puis mon cœur.
Le temps s’arrête. Autour de moi l’obscurité et le silence.
Soudain, me voici au cœur d’une graine en train de germer. La Vie se déploie autour de moi et en moi. En une fraction de seconde une tige s’élève et se transforme en arbre. Son feuillage vert et luxuriant pousse à la cime d’un tronc plutôt lisse, très imposant, à une cinquantaine de mètres au-dessus du sol.
Puis un son bref se propage et m’emplit, il y a comme un bruit de déchirement dans ma tête qui me ramène à “la réalité”. J’ouvre les yeux, ébahi. Tout s’est déroulé si vite.
Encore sous le choc de cette vision fulgurante, vivante et organique, je laisse s’échapper un rire nerveux incontrôlé.
Appel
Le reste de la journée se déroule comme dans un rêve. Une partie de moi reste suspendue à la vision.
Au détour d’une conversation sur les retraites d’Ayahuasca en Bolivie et en Colombie, une nouvelle porte s’ouvre. C. intervient : elle connaît une curandera au Pérou qui a ouvert un centre récemment et dont elle peut me donner le contact. Les cérémonies s’y déroulent en petit comité, dans le calme et la confiance, et l’accompagnement y est bienveillant.
J’accepte avec plaisir.
Puis le weekend touche à sa fin, et porté par une euphorie extravagante je reprends la route. Je rends visite à mon frère dans les Cévennes gardoises et y passe quelques jours. Je profite de cette halte pour contacter la chamane à Iquitos. Elle organise une retraite en décembre à laquelle je m’inscris. Dans le même temps je prépare et envoie une lettre de démission à mon employeur. Il est grand temps que je remette les pieds sur le bon chemin.
Préparatifs
Les trois mois précédant mon départ pour le Pérou sont marqués par l’envie d’approfondir les ressentis et les ancrages du stage d’introduction au chamanisme. De retour à Courchevel, je dédie mes journées à la méditation, à l’écriture, au dessin, à la lecture et à la contemplation. Je pratique mes rituels d’ancrage avec rigueur et joie.
Dans les premiers jours de cette période, je retrouve mon passeport égaré et réserve mes billets d’avion pour Iquitos.
Je me lance dans une diète spécifique pour me préparer à la prise d’Ayahuasca : plus d’alcool ni de café, plus de viande rouge, de sel, de sucre, et réduction de ma consommation de cigarettes. Chaque matin et chaque soir, je pratique des séances d’entretien musculaire.
Cette préparation physique et mentale m’emplit de joie. Je suis déterminé à honorer la rencontre avec les plantes enseignantes.
Fin Septembre, la reprise du travail s’avère délicate car mon employeur refuse les termes de ma démission. J’arrête tout simplement d’aller travailler.
J’ai reconnu et accepté l’appel de la forêt amazonienne et je compte ne laisser aucun obstacle entraver mon chemin.
Expériences nouvelles
Avec autant de temps libre à disposition je me consacre entièrement à ma préparation.
Je plonge dans les écrits de Jérémy Narby, un anthropologue canadien spécialisé dans les savoirs traditionnels des peuples amazoniens et notamment leur connaissance des plantes médicinales. Ses ouvrages, comme Le Serpent cosmique et Deux plantes enseignantes - le Tabac et l’Ayahuasca, nourrissent ma curiosité naissante sur le sujet. Je me relance également dans l’œuvre de Carlos Castaneda avec Voir et Le voyage à Ixtlan entre autres.
Spirituellement, je vis une période intense et de nouvelles expériences se manifestent lors des méditations. Sur les conseils de C. et suite à la “vision de l’arbre”, je me lance dans une diète du cacao. Tous les jours je me prépare des infusions de fèves non torréfiées, et je dédie un temps à la méditation après chaque prise. L’expérience est savoureuse et j’accède à des états de “conscience modifiée” significatifs.
Mon activité onirique, déjà dense, s’intensifie. Mes rêves deviennent encore plus détaillés et engagent tous mes sens. Il m’arrive de rêver que je rêve.
Parmi ces voyages de nuit, deux sont directement liés au départ pour le Pérou. Dans le premier c’est une voix suave et féminine qui me parle en espagnol depuis l’intérieur de mon corps. Elle me demande si je vais chez mon frère. Dans le deuxième je suis à l’aéroport le jour du départ, et j’assiste à une prise d’otage. Tout en restant calme j’explique aux malfaiteurs que je n’ai pas le temps de rester otage et je pars prendre mon avion.
Les jours passent et je finis par partir de Courchevel pour m’installer provisoirement chez mon frère dans les Cévennes.
Bientôt, il ne reste plus qu’une dizaine de jours avant le grand voyage.
Un matin je me réveille avec des papillons dans le ventre, nous sommes le vendredi 13 décembre. Je pars demain au Pérou.
