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Un Voyage Initiatique - Journal 1

Départ pour le Pérou, journal de bord

Un Voyage Initiatique - Journal 1

Samedi 14 décembre 2024

17:12

Aéroport de Lyon. L’excitation du voyage me rend hyperactif, et depuis une heure je fais les cent pas en attendant l’ouverture des guichets d’enregistrements. Mon vol est dans quatre heures. Je me souviens de la dernière fois où j’ai pris l’avion : c’était en 2018 et nous allions en Thaïlande avec K., ma compagne d’alors, pour faire de la plongée.

Le contexte est bien différent cette fois-ci : je pars seul et dans un but initiatique. J’ai prévu d’éteindre mon téléphone durant les trois semaines de retraite pour une immersion complète. Je me projette un instant dans le silence. Mais là, tout de suite, le tumulte extérieur me ramène à la réalité. Des files d’attente sont en train de se former devant les guichets. Un coup d’œil à l’écran devant moi : l’enregistrement n’est pas encore ouvert. Ne tenant plus en place, je reprends mes allers-retours dans le terminal, mon sac sur le dos.

20:00

Mon bagage est enregistré et j’ai passé les contrôles de sécurité. Dans moins d’une heure je serai assis dans l’avion pour Madrid. C’est un sentiment étrange qui m’enveloppe et me colle un sourire discret aux lèvres. J’ai la sensation d’accomplir quelque chose qui me dépasse. Je me sens léger et libre, fier d’avoir pris les décisions qui m’ont mené jusqu’ici.

Dimanche 15 décembre 2024

02:10 - Aéroport de Madrid

L’avion aurait dû décoller il y a trois heures déjà. De ce que j’ai compris une roue est coincée et des techniciens interviennent pour la débloquer. Trois heures c’est la marge que je suis censé avoir à Lima pour monter à bord de l’avion vers Iquitos. Je commence à stresser. Mais je ne peux rien changer à la situation, alors autant dormir.

08:50 - Aéroport de Lima

La dose d’adrénaline ! Je suis dans le vol pour Iquitos, et je ne comprends pas comment c’est possible. Finalement hier soir l’avion a décollé peu de temps après que je me sois décidé à dormir. Nous avons atterri à Lima vers huit heures. Il m’a fallu récupérer mon bagage de soute et passer par la douane en sortant de l’avion, pour ensuite repasser les contrôles de sécurité au milieu d’une foule très dense. Persuadé que j’avais raté mon vol j’ai pris mon mal en patience, et j’ai (évidemment) choisi la file d’attente la moins rapide.

Sorti de ce long processus, et dans un élan d’espoir, je me suis rendu à la porte d’embarquement au pas de course. J’arrive essoufflé devant une hôtesse en train de ranger le guichet. Elle me fait un signe des mains qui veut dire “trop tard” ! Je m’approche et baragouine dans un espagnol plus qu’approximatif que je ne suis pas responsable du retard. Pendant que je lui parle elle prend son Talkie et communique avec le personnel de bord. Elle ouvre alors la porte derrière elle et m’ordonne de courir. Je cours, un sourire se dessine sur mon visage. J’ai réellement une bonne étoile !

10:00

Dans moins d’une heure je pose les pieds à Iquitos, enfin ! Je me sens désorienté et ma notion du temps semble décalée. J’ai envie de me purifier, la proximité avec les gens depuis le départ de Lyon me pèse.

14:00 - Iquitos

J’y suis !! Plus de réseau téléphonique - la jungle. Depuis l’aéroport, un motocarro nous a conduit, S. et moi, sur l’unique route en direction du sud. Elle aussi vient pour participer à la retraite. Elle est française et arrive du Costa-Rica où elle était en voyage depuis quelques semaines.

L’air chaud qui s’engouffre à l’arrière du tuk-tuk nous réveille et nous berce ; mon regard se perd à la découverte de ce nouvel environnement. Après quelques kilomètres la circulation se fait plus légère, j’observe les stands sur les bords de la route : on y vend des fruits, des légumes, des grillades. La course dure environ trente minutes, et la selva s’esquisse plus précisément à mesure que l’on s’éloigne de la ville. J’aperçois des vautours en train de dépecer des restes de viande sur l’accotement, au milieu des déchets jetés au sol. Un peu partout, accrochés aux clôtures, des panneaux écrits à la main indiquent des terrains à vendre.

Notre chauffeur finit par ralentir et se gare en bord de route, à proximité d’une cabane portant l’enseigne “Casa de Ayahuasca”. Il est souriant, et nous fait patienter : le gardien qui travaille pour R. va venir nous récupérer. Cinq minutes plus tard, un homme d’un certain âge arrive, il porte des bottes. Il prend le sac de S. et le met sur son dos, je refuse poliment qu’il prenne le mien. Sans un mot il s’élance, et nous voilà sur sa trace. On remonte un étroit sentier boueux dans la forêt. Notre guide marche vite et je me retrouve en sueur après quelques minutes. Pour ne pas glisser sur le terrain humide je garde les yeux rivés au sol. J’ai l’impression que cette marche “d’approche” me nettoie. J’aime la manière dont se présentent les évènements. Je suis heureux, et épuisé.

Après un quart d’heure de marche peut-être, nous voici devant un premier tambo, en bord de lagune. Nous décidons que ce sera le mien, il porte le numéro trois. Celui de S., quelques dizaines de mètres plus loin, a le numéro quatre et est entouré d’arbres. R. finit par arriver et nous la suivons jusqu’à la salle de réception.

La végétation autour de nous est luxuriante, les sons de la forêt sont puissants et mélodieux, l’air est lourd.

Premier point avec R., qui nous demande la raison de notre venue, et nous présente rapidement le déroulement type des journées. Je lui dis que j’ai répondu à un appel, que je suis venu pour chercher ma place dans ce monde et découvrir le reste de moi-même. Une forte impression de ne vivre qu’à 10% de mon potentiel me hante depuis longtemps.

Quand S. termine d’expliquer la raison de sa venue, R. nous donne rendez-vous à 16h pour un premier rituel de médecine : l’Ajosacha.

18:00

Le soleil se couche, et toute la fatigue du voyage me rattrape d’un coup. Mes chevilles sont gonflées et j’ai vraiment très chaud, je me sens lourd.

Le rituel a été un moment de découverte agréable. R. nous a rapidement présenté les propriétés de l’Ajosacha : c’est une plante détoxifiante, anti-inflammatoire, digestive, et qui induit des rêves et donne de la clarté à l’esprit. Elle a ensuite allumé un cigare de mapacho, a soufflé la fumée sur la décoction, et m’a tendu le verre. Elle a fait pareil pour S., et nous a incités à émettre une intention avant de boire. Les yeux fermés nous avons demandé intérieurement de l’aide à l’esprit de la plante. Un goût très doux, délicat, d’ail et de forêt m’a envahi quand j’ai bu les premières gorgées. J’ai ensuite ressenti des vibrations dans les mains et la tête. Le verre terminé, R. s’est approchée avec son cigare toujours allumé nous a soufflés l’un après l’autre : sur le haut du dos, sur le haut de la poitrine et sur les mains jointes. Après cela elle nous a donné rendez-vous à 8 heures demain et nous a souhaité une bonne soirée.

En pratique nous aurons deux repas par jour, un à 9h et un à 15h, sauf les jours de prise d’Ayahuasca où il n’y aura que le repas du matin. Et un rendez-vous chaque jour à 8h et 16h pour les rituels de médecine avec R..

Cet article est sous licence CC BY 4.0 par l'auteur.